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Qui est vraiment responsable du changement climatique ?

Les chiffres sont connus : ce sont ceux de l'Agence d'information sur l'énergie, organisme américain indépendant qui publie chaque année des statistiques sur les émissions de gaz à effet de serre. La nouveauté, et l'intérêt, réside plutôt dans la compilation de ces chiffres, et leur présentation selon différents points de vue : les émissions de CO2 par pays mais aussi par habitant, actuelles et historiques, ou encore en production de gaz à effet de serre et en consommation de biens et services. Un coup d'œil à cette masse de chiffres souligne l'extrême difficulté à établir des responsabilités et réaffirme la nécessité de parvenir à un accord global de réduction des émissions.

  • Les émissions de CO2 actuelles

La façon la plus simple et la plus commune de comparer les émissions des pays est d'additionner tous les combustibles fossiles brûlés dans chaque nation, par les centrales, voitures, industries ou bâtiments, et de les convertir en CO2. De ce point de vue, la Chine est le plus grand émetteur au monde avec 7 milliards de tonnes de CO2, suivie par les Etats-Unis (5,4 milliards), l'Inde et la Russie. La France se classe 17e avec 350 millions de tonnes. A noter que d'autres types d'émissions ne sont pas inclus. Si la déforestation, responsable d'un quart des émissions mondiales, avait été prise en compte par exemple, le Brésil et l'Indonésie se hisseraient vers le haut de la liste.

  • Les émissions de CO2 actuelles par personne

Si elles ne renseignent pas sur la pollution globale engendrée par un pays, elles sont par contre davantage représentatives quant à la responsabilité des différentes populations par rapport au changement climatique. Ainsi, on voit sur cette carte que les petits pays avec des industries intensives en énergies fossiles, tels que le Qatar et Bahreïn, ont le plus d'émissions. Doha est ainsi le plus gros pollueur au monde, avec 53,4 tonnes de CO2 par personne, soit trois fois plus qu'un Américain (17,5 t), dix fois plus qu'un Chinois (5,2 t) et 36 fois plus qu'un Indien (1,4 t). Ces pays du Moyen-Orient sont suivis par les grands pays développés comme l'Australie, les Etats-Unis et les nations d'Europe occidentale. L'Inde et la Chine, en comparaison, sont beaucoup moins polluantes.

  • Les émissions de CO2 historiques

Etant donné que le CO2 rejeté dans l'atmosphère peut y demeurer des siècles, il est essentiel d'examiner non seulement les émissions actuelles mais aussi celles historiques. D'autant que la délicate question de la responsabilité historique est une source de tensions récurrente au sein des négociations climatiques, les pays émergents estimant qu'ils doivent moins faire d'efforts pour réduire leurs émissions que les pays développés du fait de la responsabilité de ces derniers dans le changement climatique.

Cette carte montre le cumul d'émissions par pays liées à l'utilisation de carburant entre 1850 et 2007. Les Etats-Unis et les pays de l'Union européenne sont en tête, avec plus de la moitié du total des rejets, suivis par la Chine et la Russie, qui représentent chacune environ 8 % des émissions. Sur la carte des émissions historiques par personne [que je n'ai pas reproduite ici mais que vous pouvez retrouver sur le Guardian] le Royaume-Uni passe dans l'équipe des pays les plus pollueurs, en raison de la révolution industrielle, tandis que la Chine disparaît de l'écran. L'on peut toutefois émettre une réserve : la période choisie s'achève un peu trop tard pour être significative en termes d'émissions historiques puisqu'en 2007, la Chine et l'Inde avaient déjà entamé leur forte croissance économique générant une importante demande en énergie et une pollution en hausse.

  • Les émissions en fonction de la consommation

Se concentrer sur les seuls pays où les émissions sont produites est insuffisant car cela occulte le fait que les nations importent des biens et services d'autres Etats, qui ont rejeté du CO2 pour les produire. Sur cette carte, les émissions causées par la production de matières, d'énergie, de biens et services ont été réaffectées aux pays où ces éléments sont finalement consommés. A travers ce prisme, l'empreinte de la France (qui importe son CO2 de Russie) augmente d'environ 50 % (elle passe 11e avec 540 millions de tonnes), tandis que celle de la Chine diminue de près d'un cinquième (5,7 milliards). En ce qui concerne la consommation par personne [visible sur le Guardian], le top 5 correspond de façon attendue aux pays les plus riches : Singapour, le Luxembourg, la Belgique, les Etats-Unis et le Canada.

  • La variation des émissions de CO2 depuis 1990

Cette carte montre comment les émissions ont augmenté ou diminué dans chaque pays depuis 1990, année de référence pour le protocole de Kyoto — seul traité international fixant des objectifs contraignants de réduction des émissions, et dont la prolongation est actuellement discutée à Durban. Selon ces données, l'Union européenne dans son ensemble a réduit ses émissions (la France, elle, s'est maintenue), de même que les anciens pays soviétiques, en raison des bouleversements économiques qu'ils ont connus, mais au contraire des Etats-Unis et, surtout, des pays émergents.

Audrey Garric

Photo : NASA EARTH OBSERVATORY / AFP

Source: http://ecologie.blog.lemonde.fr/2011/12/09/qui-est-vraiment-responsable-...